Si vous demandiez à mes amis comment ils voyaient ma vie d'adulte, beaucoup aurait dit sans attaches parcourant le monde telle la grande business woman que je serais devenue. Et puis un jour j'ai fait un choix qui allait me clouer les pieds à Paris pour toujours, celle de me mettre en couple et d'envisager une vie de famille. On a connu pire comme situation. Je n'ai jamais eu l'impression de sacrifier un rêve pour un autre, juste d'avoir pris un chemin différent que celui où l'on m'attendait.

Je suis quelqu'un de rationel, du coup je n'ai jamais envisagé l'amour comme une passion, je le comprends aujourd'hui, c'est le secret des longs mariages en général. Sans passion pas de déceptions, pas de haut mais pas de bas. C'est un amour discret mais agréable, comme une soirée devant la télévision avec un plateau repas. Pas de surprises, pas de frustrations. C'est cet amour là que j'ai choisi après moultes reflexions.

Quand on s'est rencontré vers 17 ans on était plutôt intimidé tous les deux, on sortait d'un lycée sérieux, on s'était jamais arrêté pour faire des activités de notre age, comme flirter. Et puis vers 23 ans j'ai commencé à me demander c'était quoi l'amour. J'ai fini par me dire que c'était voir dans la même direction et marcher avec quelqu'un (il faut imaginer un soleil couchant et un paysage campagnard !). J'ai donc décidé de me marier avec cet homme là en sachant pertinemment la vie monotone qui m'attendait.

Vous pouvez trouver ça triste, moi je trouvais ça relaxant et paisible. Le soir j'avais quelqu'un, au réveil j'avais quelqu'un. On s'engueule pas, on est d'accord sur beaucoup de choses, on rit des mêmes bêtises. On ne se ressemble pourtant pas mais on marche juste dans le même chemin, alors autant marcher ensemble. Bref j'ai fait une croix sur la passion.

Mais pas sur son existence.

Avant notre mariage j'ai convenu avec lui qu'on pourrait coucher ailleurs si l'envie nous prenait un jour. Si l'occasion se présentait de connaitre ça, le fantasme, le frisson, la Passion avec le P majuscule, les brulures sur la peau à cause de la moquette, les rales de plaisir, les vêtements retirés dans l'entrée. Une vraie scène de cinéma quoi. Hors de question que je me prive de ça le moment venu. Et puis je voulais pas de la frustration, je ne voulais pas vivre une vie de fantasmes non assouvis à baver devant le premier plombier venu.

Il y avait néanmoins une limite, cela ne devait être que physique, une pulsion à assouvir. Comprenez donc qu'il n'était pas question de vraie relation, d'ailleurs personnellement j'imaginais ça plutôt avec une personne inconnue dont le nom n'importerait pas. Mon erreur a été d'oublier que si je pense comme un homme, mon mari pense lui comme une femme, j'ai donc eu droit à la phrase typique "j'ai besoin de sentiments pour passer à l'acte"

C'est con, je suis une femme rationelle, je conçois qu'une relation puisse s'épanouir avec des extras, et je tombe sur le seul homme qui m'y ajoute des complications. Des sentiments... désolée, c'était pas dans le contrat ça. Devrais-je me dire "bien fait pour toi ?" non, avec ou sans mon consentement cela se serait passé. Je pensais juste qu'en faisant preuve d'ouverture on aurait pu se faire confiance, voir être transparent (un minimum, inutile d'aller dans les détails).

Enfin la situation est ce qu'elle est, il me dit "ce n'est qu'une histoire de cul" parce que c'est ce qui était convenu. Et moi je sais qu'il a omis de dire qu'il était marié et mène une double vie avec une autre femme.
Alors à votre avis, qui mène-t-il en bateau en réalité ?